Vous n'avez jamais entendu parler de Linda Tellington-Jones ou du TTouch ? Pourtant, cela fait 50 ans que Linda et sa sœur et les praticiennes du monde entier travaillent à une approche plus compatissante envers les animaux. (Linda fête ses 89 ans cette année.)
Mes élèves me disent souvent : « Pourquoi tout le monde ne connaît pas cette méthode?"
Et la réponse ?
Bien, peut-être c'est un problème de langue ou de langage ?
Pourtant l'équitation éthologique est aussi venue des États-Unis et personne n'est passé à l'écart à cause de l'anglais…Peut-être le langage du TTouch, axé sur la conscience corporelle, la pleine conscience et le toucher léger, se démarquait nettement de l'équitation française traditionnelle et était peut-être difficile à classer dans les années 70 quand Linda est venue. (Il y avait quand même des gens qui y prêtaient attention…) La culture équestre allemande se montre généralement plus ouverte aux approches interdisciplinaires associant les sciences du mouvement, la rééducation, la conscience corporelle et les thérapies alternatives. Le travail de Tellington était très bien intégré et Linda a enseigné pendant des années en Allemagne.
Un manque de démonstrations spectaculaires?
La culture équestre moderne privilégie souvent les images spectaculaires, le Tellington est souvent plus discret :- Un cheval qui se tient différemment.
- Un meilleur équilibre dans tout le corps.
- Une confiance renforcée.
- De subtils changements d'expression.
- Des améliorations à long terme de la qualité des mouvements.
Autant que j'aime bien expliquer, ce que je fais, et je suis ouverte à ce que les gens me regardent travailler, ces situations nous donnent plein de choses à observer, mais sans garantie de ce qu'on va voir… Je ne donne pas des "démonstrations" per se, je préfère quand même avoir deux jours pour vérifier que les gens ont une bonne compréhension de la profondeur et de l'ampleur de notre activité.
La conversation sur la science
De nombreux concepts dont Linda et les praticiens du TTouch discutent depuis des décennies font aujourd’hui l’objet de recherches modernes :
- La proprioception et la conscience corporelle.
- Le rôle du système nerveux dans l’apprentissage.
- La stimulation tactile et la régulation émotionnelle.
- L’influence de la posture sur le comportement.
- L’interaction entre la douleur, le mouvement et l’entraînement.
Lorsque Linda a commencé à évoquer ces idées, le vocabulaire scientifique permettant de les supporter était encore limité. Aujourd’hui, les cadres conceptuels des neurosciences et de la biomécanique permettent d’expliquer plus facilement certains aspects du TTouch à un public contemporain.
La réponse est « tout cela à la fois et rien de tout cela »"
Peut-être un manque de marketing ?
Ça peut se comprendre. Très peu de praticien(ne)s en France, et on n'est pas des sages sur la scène, mais plutôt des guides qui marchent à côté de ceux qu'on veut aider. ("Be not the sage on the stage, but the guide who walks by the side - Alison King").Je ne connais pas beaucoup de praticien(ne)s qui aiment vraiment être dans le spotlight, préfèrent plutôt une approche discrète et subtile. Je pense que la méthode est comme ça... donc logique que ça attire des personnes qui résonnent. Les gens qui arrivent à nous trouver sont ceux qui cherchent - parce qu'ils ne trouvent pas résonance avec des méthodes plus accessibles, ou ils ont un cheval spécial qui les a poussés à se former...
On peut comprendre que, bien qu'utiles pour partager des infos, les réseaux sociaux étant souvent tellement blessants, nous nous sentons souvent mieux dans notre coin avec nos animaux - c'est ce que dit l'introverti que je suis en tout cas... Après tout, qui veut être sur l'ordi quand on peut passer du temps avec nos animaux?
Le TTouch est un domaine vaste qui ne peut être résumé facilement en une seule phrase ; il comprend :
- Le travail corporel.
- Exercices au sol.
- Théorie de l’apprentissage.
- Conscience du cavalier.
- Conception d’équipements.
- Mouvement fonctionnel.
- Régulation émotionnelle.
- Capacités d’observation.
Cette richesse est sa force, elle nous laisse la possibilité de nous adapter à des animaux et situations très variés, mais elle rend également le marketing plus difficile. Beaucoup de gens demandent : « Alors… est-ce du massage ? Est-ce du dressage ? Est-ce une thérapie ? Est-ce de l’équitation ? » La réponse est « tout cela à la fois et rien de tout cela », ce qui est formidable sur le plan pédagogique, mais plus difficile sur le plan de la communication.
Un pas à la fois
On voit tellement de violence dans le monde équestre, pourquoi Tellington n'est-il pas plus connu ? Est-ce que ça ne sera pas beaucoup mieux si on commençait tous par apprendre cette méthode dès nos premiers pas avec les chevaux ?! Peut-être. Une méthode qui met en avant le bien-être des animaux et de leurs humains, qui cherche des solutions en coopération, pas en insistant pour l'obéissance avec une augmentation de force, ça mérite plus d'adhérents.
En tout cas, ce n'est jamais trop tard pour débuter. Ma prof d'équitation m'a dit une fois, "Ton cheval ne fait qu'attendre patiemment que tu trouves la bonne réponse, il sera content quand tu arrives, mais il ne te culpabilise pas, il ne faut pas se culpabiliser non plus."
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